éditoriaux

Minuit à bord

Minuit à bord

À quelques minutes de la frontière espagnole, perché tout au bout de la chaîne pyrénéenne, l’hôtel du Belvédère, véritable paquebot de béton armé, pointe sa proue immobile vers la mer. À la faveur d’une résidence d’écrivain, Laura Alcoba se retrouve seule occupante de l’imposant vestige des années 1930. Dans ce refuge chargé de la mémoire des voyageurs en transit, elle ouvre sa "mallette Fondane". Fascinée par ce poète mort en déportation en 1944, elle y rassemble depuis des années tout ce qui le concerne.
Devant la mer, elle reconstitue l’enquête qu’elle a menée de l’autre côté de l’Atlantique, sur les traces du seul film de Benjamin Fondane, réalisé en Argentine grâce à Victoria Ocampo puis mystérieusement perdu, et fait revivre le trio indestructible formé par l’auteur du Mal des fantômes avec sa femme, Geneviève, et sa sœur Line.
La folie qui monte en Europe à la fin des années 1930, l’existence brisée du trio trouvent aujourd’hui un écho troublant, que Laura Alcoba nous fait entendre dans Minuit à bord (sous pavillon Gallimard).

On pourra retrouver la mémoire de tous les fugitifs qui sont passés par Cerbère dans le livre publié l'an dernier par Jean Rolin, et déjà salué par Fabula : Tous passaient sans effroi (POL), qui emprunte son titre à un vers d’un célèbre poème d’Alfred de Vigny (Le Cor) évoquant la Chanson de Roland et le passage des armées de Charlemagne par les cols pyrénéens. Le narrateur part sur les chemins empruntés, durant les années de guerre en 40-45, il y a déjà quatre-vingts ans, par des aviateurs alliés, des réfractaires au STO, des résistants et des Juifs pour gagner l’Espagne, et, de là, la France libre. Multiples histoires d’évasion dont Jean Rolin suit et croise les fils, qui finissent par former un puzzle historique, personnel et narratif captivant. Fabula vous propose (toujours) de feuilleter l'ouvrage…

Archipels Essais

Archipels Essais

Année après année et au terme d'une manière de concours, la collection Archipels Essais accompagne deux étudiants de Master de l'Université de Lausanne pour les aider à transformer leur mémoire en un véritable essai, le temps d'un été. Paraît ainsi en ce début d'année, sous la signature de Loïc Dalle, Le livre matérialisé. L’imaginaire littéraire de l’objet-livre de 1880 à 1890, postfacé par Marta Caraion : en s’intéressant à la matérialité du livre au tournant des années 1880, le jeune chercheur interroge la manière dont les écrivains pensent l’objet-livre à l’ère de l’industrialisation, de la presse de masse et de la démocratisation de la lecture. À partir d’un corpus romanesque centré notamment sur Flaubert, Huysmans et Mirbeau, l’essai explore un imaginaire fin-de-siècle où le livre est à la fois marchandise, bien de consommation, objet de collection et support symbolique, un objet pris, en somme, entre multiplicité sérielle et fantasme d’unicité. Fabula vous invite à consulter la table des matières… et donne à lire dans son intégralité la postface de Marta Caraion…

Le second titre est consacré à Sartre autobiographe. Enjeux de posture auctoriale autour des Mots. Marie Schmidhauser y revient sur ce qui constitue sans doute le "coup de théâtre" le plus paradoxal de Sartre : son entrée tardive dans l’autobiographie avec Les Mots, récit d’enfance qui met en crise la vocation littéraire autant qu’il la raconte. En lisant l’autobiographie sartrienne comme un discours qui travaille la posture d’auteur, l'ouvrage confronte Les Mots à un vaste corpus d’entretiens et de textes théoriques, afin de dégager la manière dont Sartre reconfigure son image d’homme engagé et d’écrivain au moment où il semble ne plus croire au pouvoir de la littérature. L'autrice montre comment les choix énonciatifs, la tonalité ironique et la mise en scène de la "comédie familiale" construisent une posture lucide, traversée de tensions entre authenticité, engagement et désacralisation de la littérature. Fabula vous propose de consulter la table des matières… et de découvrir la postface de Jérôme Meizoz…

Ses vies d'Afrique

Ses vies d'Afrique

Disparu le 25 juillet dernier, François-David Sebbah était notamment spécialiste de la pensée d’Emmanuel Levinas, auquel il avait consacré plusieurs livres dont Lévinas et le contemporain (Les Solitaires intempestifs) et L’éthique du survivant. Levinas, une philosophie de la débâcle (P.U. Paris Nanterre), mais aussi de Jacques Derrida et de Jean-François Lyotard. Il s'est également intéressé aux prolongements de la phénoménologie dans les domaines de la technique et des sciences cognitives, et aux  Imaginaires technologiques, dans un livre récent co-signé avec Alberto Romele. Sa réflexion s’est encore portée, dans ses derniers textes, sur l’éthique, l’expérience et l’écriture de la survie : L’éthique du survivant (P.U. de Paris Nanterre, 2018) et Survies. Quelques tentatives (Éditions d’écarts, 2021).

Il avait eu le temps de mettre la dernière main à un ouvrage plus personnel : dans Ses vies d’Afrique, F.-D. Sebbah s’essaie à faire parler l’enfant en lui. Ces petits récits d’enfance, ces éclats de mémoire, essentiellement des petits portraits hybridant souvenirs et imagination, sont l’occasion d’attester quelque chose d’une filiation juive d’Afrique du Nord. Une manière peut-être de restituer cette Algérie dont il semblait à l’auteur dans son enfance qu’elle était à son père comme un membre fantôme. Le livre ne dissimule rien du rapport entre l’écriture de ces "vies d’Afrique" et le travail philosophique comme tel, entre le fil autobiographique et celui de la pensée.

La revue Alter dédie à la mémoire de François-David Sebbah sa nouvelle livraison : "Corps propre, corps impropre".

Le bien-être par la poésie (songez-y)

Le bien-être par la poésie (songez-y)

Dans Le Bien-être par la poésie (MF éd.) David Christoffel et Maël Guesdon, également poètes et performeurs poétiques, s'attaquent au développement personnel. L'enjeu est moins la critique du genre en tant que tel que de l'idéologie qu'il dissimule : l'injonction au bien-être. Et il ne s'agit pas de théoriser mais de s'exercer. Ou plutôt de "pratiquer des contre-exercices dans le but de se non-développer ou de s'anti-développer – voire de s'oublier comme personne, de quitter radicalement la perspective du personnel, de sortir de soi. Comment ? Par la poésie. En détournant, jouant, décalant, délirant, etc., autrement dit : en travaillant de l'intérieur les expressions toutes faites, les phrases déjà écrites, la rhétorique quelque fois subtile de la psychologie positive. La poésie comme arme d'une guérilla psychique qui vient au secours de ceux qui ne veulent pas être meilleurs et plus heureux". Pensé sous la forme d'une suite d'exercices psychiques et poétiques, ce manuel d'un nouveau genre fera du lecteur le praticien d'une poésie appliquée. Fabula donne à lire quelques pages de l'ouvrage…

La petite musique de Mendelsohn

La petite musique de Mendelsohn

Lettres non-écrites

Lettres non-écrites

Les éditions du Tripode rééditent le recueil des Lettres non-écrites publié en 2021 par David Geselson, augmenté d’une quinzaine de lettres inédites : comment trouver les mots justes pour dire l’intensité de la vie ? David Geselson réinvente l’art de l’écrivain public. Depuis plusieurs années, il est à l’écoute de personnes qui portent une lettre en eux, une lettre qu’il n’ont jamais pu écrire. À ceux‑là, il prête ses mots. De ces fragments de vie jaillissent la voix de ces êtres d’une profonde humanité. Le recueil est à l'origine d'un spectacle programmé au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) du 19 au 21 mars, puis les 12 et 13 mai mais aussi au Festival Carrefour international de théâtre (Montréal) en juin .

Plaidoyer pour l'union libre

Plaidoyer pour l'union libre

À l'enseigne Archipoche, une collection vient rééditer quelques titres oubliés, des "classiques pour l'hiver" bien faits pour réchauffer les rayons de nos bibliothèques, sinon nos alcoves. Signalons Le lien déraisonnable, seul roman du dramaturge George Bernard Shaw jamais traduit en français, mais introuvable depuis près d'un siècle : Marian Lind, une héritière, s'est éprise de Ned, un ouvrier qu'une invention a rendu riche. Faisant fi des conventions, elle l'épouse, mais reste prisonnière de ses préjugés de classe. Le divorce menace et Ned y est résigné... quand s'interpose un amant. Fabula vous invite à lire un extrait du roman… Paraît dans le même temps un chef-d'œuvre tout aussi oublié d'Alphonse Daudet : Fromont jeune et Risler aîné, moeurs parisiennes. Risler aîné, artisan intègre, est secondé par son associé, Fromont. Sidonie, la femme de Risler, entreprend la conquête du jeune homme, dans une soif effrénée de richesse et de prestige social. Leur liaison sera destructrice... Publiée en 1874, cette fresque poignante, à la fois intime et universelle, mêle le drame humain et une critique sociale d'une étonnante modernité. Fabula donne à lire quelques pages de l'ouvrage…

(Illustr. : F. Valloton, Cinq heures, Intimité ou Couple dans un intérieur avec paravent (détail), 1898, coll. particulière)

Lire les éditos de la rubrique Questions de société…

Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

Suite