Renouer avec la pensée radicale de Simone de Beauvoir. Conversations critiques, interdisciplinaires et internationales
Nous avons le plaisir d'annoncer que notre conférence 2025 bilingue se tiendra en ligne du 16 au 19 juin 2025 et sera organisée par Marine Rouch sur le thème suivant :
"Renouer avec la pensée radicale de Simone de Beauvoir. Conversations critiques, interdisciplinaires et internationales"
L'appel à communications ainsi qu'un appel à participation à notre foire aux livres virtuelle sont désormais en ligne et ci-dessous.
Précisons que les non-spécialistes de Beauvoir sont plus que les bienvenu·es. L’objectif est de décentrer le regard et de mettre en conversation plusieurs penseur·seuses pour réfléchir à un projet d’émancipation en commun à partir des frictions qui émergeront.
Les propositions sont attendues d'ici le 30 janvier 2025.
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Partons du constat que nous assistons à une crise grave et grandissante caractérisée par une droitisation des sociétés, une précarisation généralisée, un accroissement des inégalités, une exacerbation des haines racistes, masculinistes et transphobes, et par un effondrement écologique… ; une crise entretenue et aggravée par un système hégémonique néolibéral déshumanisant. Dans ce contexte critique, la 30e conférence internationale de la Société Simone de Beauvoir, qui se déroulera en ligne du 16 au 19 juin 2025, a deux objectifs.
1. Il est urgent de s’interroger sur la possibilité et les conditions d’une réactualisation de la pensée radicale de Beauvoir. De la même façon que le sens des termes « radical » et « radicalité » ont été dissouts dans le contexte évoqué plus haut (ils étaient auparavant synonymes de révolution, comme le rappelle le philosophe Michel Kail[1]), la pensée et la figure de Beauvoir ont été progressivement évidées de leur substance politique et engagée qui, pourtant, prenait sa source dans un projet révolutionnaire de transformation profonde de la société. Souvent, parce que Beauvoir est associée à un individualisme blanc-bourgeois-hétérosexuel, elle est jugée par les pensées critiques contemporaines – en France, surtout – comme incapable de répondre aux enjeux de libération et d’émancipation du temps présent. S’interroger sur la radicalité de la pensée beauvoirienne implique de revenir aux racines de la pensée ; à ses contextes historiques de production, de diffusion et de réception.
2. Mettons-la donc en conversation avec les pensées critiques contemporaines contre-hégémoniques, qu’elles soient féministes/queer/trans, handi/crip, postcoloniales ou décoloniales, afroféministes, écoféministes/écologistes etc., qui remettent en question l’ordre existant[2]. Des frictions signifiantes émergent sans conteste de cette mise en dialogue ; elles émanent de dissonances temporelles et de collusions anachroniques – d’où l’importance du premier objectif –, tout autant que par des biais, des ambiguïtés et donc des manques de la pensée beauvoirienne. En travaillant à partir de et avec ces frictions – centrales au processus de théorisation du féminisme, comme le rappelle Éléonore Lépinard[3], et plus largement de toute pensée émancipatrice – il s’agira de renouer avec la dimension intersubjective de la pensée beauvoirienne et de travailler à une convergence vers le projet émancipateur de transformation radicale de la société commun à toutes ces épistémologies.
Sont attendues des soumissions qui se confrontent aux interrogations et combats qui animent notre monde aujourd'hui comme les néocolonialismes, guerres, violences policières, la droitisation des sociétés et des gouvernements, les enjeux féministes contemporains, la question de l’expression et de la résistance des subjectivités minoritaires, etc., et qui exemplifient la façon dont la pensée beauvoirienne, en conversation avec d’autres penseur·euses critiques, passé·es comme présent·es[4], peut être mobilisée, appropriée, transformée et prolongée pour réinventer le monde actuel.
Il s’agit d’une conférence interdisciplinaire et internationale ; les propositions issues de toutes les disciplines, approches théoriques et portant sur toutes les zones géographiques sont donc les bienvenues. Une large place sera également accordée à la critique créative et aux approches réflexives en première personne. Les jeunes chercheur·ses sont vivement encouragé·es à soumettre une proposition.
Une publication des actes est envisagée. Les détails seront communiqués ultérieurement.
Consignes de soumission
Pour soumettre une proposition de communication, merci d’envoyer à Marine Rouch (beauvoirsociety@gmail.com) avant le 30 janvier 2025 :
- un résumé de 350 mots max, en français ou en anglais,
- un document avec une courte bio-bibliographie, votre affiliation institutionnelle (le cas échéant) et vos coordonnées
Les décisions seront communiquées au plus tard le 28 février 2025.
Afin de soutenir les activités de la Société, il sera demandé aux communicant·es d’adhérer à la Société. Informations et détails en ligne.
Comité scientifique
Les soumissions seront anonymisées, puis évaluées par :
- Meryl Altman, DePauw University
- Katja Čičigoj, Klagenfurt/Celovec University
- Marine Rouch, University of Toulouse Jean Jaurès
- Karen Zoppa, University of Winnipeg
- Tove Pettersen, University of Oslo
- Jasmine Mohammed, Fiji National University
[1] Michel Kail, « De la créativité du devenir… : La radicalité de Simone de Beauvoir », Cahiers Sens public, 2020/2, n° 28, 2020. p. 61-80.
[2] Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, la Découverte, 2010.
[3] Éléonore Lépinard, Feminist Trouble. Intersectional Politics in Postsecular Times, Oxford, Oxford University Press, 2020 ; “Théoriser en féministe/théoriser le féminisme : pour une éthique de la responsabilité féministe », dans Anaïs Choulet-Vallet, Pauline Clochec, Delphine Frasch, Margot Giacinti, Léa Védie (dir.), Théoriser en féministe, Paris, Hermann, p. 17-34.
[4] Tel·les que Sarah Ahmed, Judith Butler, Angela Davis, Frantz Fanon, Michel Foucault, bell hooks, Ursula K. Le Guin, María Lugones, Jean-Paul Sartre, Gayatri Chakravorty Spivak, Monique Wittig, et bien d’autres.