"Intus, et in cute"
Pour une histoire de l'intime et de ses variations : tel est le mot d'ordre que lancent A. Coudreuse et F. Simonet-Tenant dans le dernier numéro de la revue
Itinéraire, destiné à offrir une perspective diachronique sur une question qui n'a de sens de replacée dans un cadre historique précis. C'est précisément à cette tâche qu'ont été consacrées différentes publications récentes :
Les Ecrits du for privé en Europe du Moyen Age à l'époque contemporaine aux PU de Bordeaux,
Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinités électives de F. Simonet-Tenant chez Academia Bruylant,
Le Moi et ses modèles : genèse et transtextualités chez le même éditeur, ou encore
Les Journaux de la vie littéraire aux PUR. On y voit que "la question de l'intime et de ses variations au cours des derniers siècles fonctionne comme une chambre d'échos de notre société et de ses contradictions", ainsi que l'écrivent A. Coudreuse et F. Simonet-Tenant. "Comme l'amour dans la fameuse formule de Rimbaud, l'intime est sans doute à réinventer".
Dossier critique d'Acta fabula : "Actualité d'Hermann Broch"

Quelques mois après la traduction en français aux Éditions de l'Éclat de
La Théorie de la folie des masses, Acta fabula revient sur Hermann Broch, auteur encore trop peu reconnu en France. Vincent Ferré, qui a coordonné ce numéro, propose
quelques repères sur la réception française de son oeuvre et les travaux universitaires qui lui sont consacrés. L'oeuvre de Broch est protéiforme, en ce qu'il est à la fois penseur, écrivain, philosophe, sociologue, et politologue : rendant compte de cette foisonnante diversité, Dj. Gani présente trois de ses livres traduits récemment en français (
Théorie de la folie des masses,
Logique d'un monde en ruine,
Autobiographie psychique) et éclaire
sa pensée pratique et politique,
ses écrits philosophico-poétiques sans oublier la figure de
l'écrivain. On se reportera également, dans le prolongement de ce dossier, à
la recension par V. Message (publiée dans un précédent numéro d'
Acta fabula) de
l'ouvrage de Gunther Martens, qui interroge la question de l'autorité chez Broch et Musil, ainsi qu'à la
présentation par V. Ferré de la
Dégradation des valeurs - ces notes de lecture entendent faciliter l'accès à un texte que l'on prend parfois pour un condensé de la pensée de Broch, en particulier sur la question des valeurs et de leur désintégration.
Pour la poésie contemporaine

La poésie contemporaine est aussi fragile dans sa diffusion qu'essentielle par le rôle qu'elle joue au coeur de la pensée de la littérature. Soutenue depuis plus de trente ans par la revue
Po&sie, qui offre un espace à la création mais aussi à la philosophie et à la théorie littéraire (on trouvera dans
son dernier numéro des textes de création, deux hommages à H. Meschonnic, une étude sur G. Ungaretti). Elle fait également l'objet d'un séminaire en cours,
« La poésie contemporaine, hypothèses théoriques et critiques » (Paris 4 / ENS), où interviendront notamment M. Rueff, J. Daive, V. Magrelli et J.-M. Gleize. A lire aussi, le travail de synthèse de
V. Vivès en foliothèque à propos d'une oeuvre incontournable, les
Poèmes d'Yves Bonnefoy. A lire ou relire, l'étude, parue il y a quelques mois, de S. Baquey à propos d'un autre poète contemporain important,
Denis Roche.
L'Oeuvre parle

Décédée en décembre 2004, Susan Sontag laisse une oeuvre complexe et protéiforme, mais soutenue de part en part par une même exigence intellectuelle, rétive à toute forme de concession. Les éditions
Christian Bourgois proposent aujourd'hui de la réunir au fil de volumes dont cinq ont déjà paru : on retrouvera donc en premier lieu la célèbre étude
Sur la photographie, l'essai
L'Écriture même, consacré à Barthes dont elle était proche, et
La maladie comme métaphore, analyse littéraire doublée d'une seconde analyse s'attachant au cas des représentations du sida. Le quatrième volume propose le premier roman de Sontag,
Le Bienfaiteur, quand le cinquième regroupe sous le titre
L'Oeuvre parle une série de textes de jeunesse, dont le fameux "Le style Camp". Pour compléter ces lectures, on pourra encore se plonger dans les carnets et journaux de l'écrivain : le titre
Renaître inaugure une série de trois ouvrages qui en présentent une sélection.
Faire des histoires

Popularisé par le livre de
C. Salmon, Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits (2007), le terme de "storytelling" est au centre du dernier livre d'Yves Citton,
Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Amsterdam, 2010), qui propose de faire du "triomphe de la fable" un instrument d'émancipation. L'Atelier de théorie littéraire de Fabula accueille de larges extraits de cet ouvrage, au sein d'une nouvelle entrée "
storytelling" qui regroupe comptes rendus et liens utiles. Les
deux auteurs débattront de leurs thèses respectives le 25 février prochain, à l'occasion aussi de la parution de
Kate Moss machine de C. Salmon. Un colloque à Leeds nous invite également à "
chercher l'intrigue", en s'intéressant à l'importance du "storytelling" dans la fiction populaire.
Le sociologue, l'écrivain et l'historien

Après
La Condition littéraire (2006), le sociologue B. Lahire se confronte avec
Franz Kafka à un monument de la littérature mondiale. Au-delà de la "biographie sociologique", Lahire pose les bases d'une théorie de la création littéraire qui entend dépasser à la fois l'enfermement dans le texte et l'enfermement dans le
champ: les oeuvres ne sont envisagées ni comme des solutions esthétiques à des problèmes formels ni comme des manières de jouer des coups dans un "champ littéraire". Le
prologue de cet ouvrage ambitieux (mais qui,
selon P. Assouline, pourrait inquiéter les littéraires) peut être consulté sur le site des éditions La Découverte. Aux éditions Agone,
Le Sociologue et l'Historien reprend cinq entretiens entre R. Chartier et P. Bourdieu, qui revient sur quelques concepts fondamentaux, notamment ceux d'"habitus" ou de "champ".
Lire: le sens du corps, le sens du temps

Deux séminaires successifs, ce vendredi 12 février à l'université Paris VII, invitent à rouvrir la question de la lecture et de l'interprétation. Le matin,
Raphaël Baroni est invité à débattre de la pensée de Ricoeur et de la place de l'expérience temporelle dans la lecture; l'après-midi, un bilan des réflexions récentes sur la métaphore de la contagion au théâtre permettra d'ouvrir une vaste réflexion sur
le rôle du corps dans la compréhension et l'interprétation des textes. Après une journée consacrée à la question de la simulation, "
Ce qui arrive au lecteur", ces deux séminaires s'inscrivent dans un projet collectif,
Hermès, qui porte sur l'histoire, les pensées et les pratiques de l'interprétation.