
Qui aurait pu croire de son vivant qu'on verrait un jour ses livres paraître sous pavillon Gallimard ? Celui qui avait dû créer sa propre maison d'édition, les regrettées éditions Galilée, pour pouvoir publier en France des livres qui se vendaient par milliers partout dans le monde, aurait été sans doute étonné de découvrir lequel de ses titres serait le premier accueilli dans la collection Folio Essais : L’animal que donc je suis, où le philosophe se penchait sur le gouffre creusé par la tradition philosophique entre l'animal raisonnable et l'animal-machine. Derrida y propose à ses lecteurs une expérience de pensée, qui est d’abord le récit d’une expérience vécue par le philosophe lui-même : celle de sa nudité devant le regard d’un animal – en l’occurrence un chat domestique dans une salle de bain – et surtout celle de la gêne, voire de la honte, qu’il a ressentie. Tenter de se voir à travers les yeux de l’animal est alors un moyen de reposer à nouveaux frais la question du propre de l’homme. Fabula reviendra en temps voulu sur la prochaine parution aux éditions du Seuil d'un volume Psychanalyse et critique littéraire. 1969-1970.